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Radu Lupu, la musique avant tout

Une collaboration de Jean-Marc Gaudreau

2 février 2008 (QIM) – Le pianiste roumain Radu Lupu en était à sa troisième visite dans la vieille capitale, lundi soir dernier, à l'invitation du Club musical de Québec. Cet artiste, qui a fait le choix de se tenir loin des médias et refuse toute entrevue, paraît un peu mal à l'aise sur scène, saluant sobrement le public avant de prendre place rapidement à son instrument. Il joue sans s'épancher sur son instrument, demeurant le dos bien droit sur sa chaise, qu'il préfère à un banc, fait plutôt inhabituel pour un pianiste. Seuls quelques froncements de sourcils, de légers balancements de la tête laissent transparaître toute la concentration et l'énergie qui l'habitent.

Grâce à l'écran installé au-dessus de la scène, le public peut admirer son doigté. Il semble à peine effleurer le piano de ses mains puissantes privilégiant un jeu tout en douceur. Lorsqu'il a terminé, Radu Lupu salue tout aussi sobrement se dépêchant de regagner les coulisses. Mais malgré ses airs d'ours mal léché, on ne peut que rester sous le charme de cet artiste qui, l'air de rien, nous ramène à l'essentiel: la musique, non pas celle que l'on vient voir, mais bien celle que l'on vient entendre.

D'abord avec la "Sonate en Ré majeur, D. 850, dite Gasteiner" de Franz Schubert. Une ravissante sonate composée durant une période heureuse de la vie de l'artiste, alors qu'il séjournait dans un petit village bucolique d'Autriche du nom de Gastein. Comme souvent dans ses compositions, cette sonate fourmille d'idées mélodiques que Schubert prend plaisir à moduler, varier, transformer au fil de son imagination féconde. Sans se départir de son air sévère et de sa réserve, Radu Lupu nous révèle toute la poésie de cette partition, nous présentant un éclairage particulier sur la complexité rythmique du premier mouvement, transformant le second en un moment de pur ravissement. Une grande leçon de piano.

L'autre grand moment de la soirée est consacré au Premier livre de préludes de Claude Debussy. Les douze préludes de ce recueil sont autant de petits joyaux aux noms des plus évocateurs tel que "Le vent dans la plaine", "Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir", "Des pas sur la neige", "Ce qu'a vu le vent d'Ouest", "La fille aux cheveux de lin", "La cathédrale engloutie". Le doigté de Radu Lupu se révèle parfait pour instaurer le climat très debussyste de ces préludes. Quoique certains détestent le terme, Radu Lupu sait bien faire ressortir tout leur côté impressionniste, dans un jeu qui touche à la perfection.

Un très grand récital, qui sera présenté aussi à la Place des arts de Montréal. Quant à lui, le Club musical de Québec nous donne rendez-vous, le dimanche 10 février prochain pour l'interprétation des trois trios pour piano, violon et violoncelle de Johannes Brahms par le Trio Capuçon.